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Le sport français a une malencontreuse tendance à négliger la place de la musique. Et pourtant, il aurait beaucoup à y gagner, notamment en améliorant l’expérience, l’image de marque et la pratique de l’événementiel … 

À l’international, la musique et le sport font une alliance parfaitement naturelle. L’exemple de la mi-temps du Super Bowl, spectacle musical démesuré, en est l’illustration. Les instances sportives françaises accusent d’un train de retard en la matière, en considérant la musique comme un simple support illustrant leurs événements.

Le football comme mauvais élève

Dans une démarche pertinente, un article du magazine spécialisé So Foot liste les pires musique de stade. Sur le podium des pires morceaux, The Final Countdown de Europe, Eye of The Tiger de Surviror, et Can you Feel it de Jean Roch.

Ces choix musicaux sont mauvais, d’une part parcqu’ils sont en décalage important avec l’esprit et les valeurs des clubs, d’autre part parceque les clubs disposent déjà d’une forte identité, depuis plusieurs années, et que la musique néglige abruptement l’attachement que les supporters en ont.

Comme les coupes gagnées, comme les écussons, les maillots, la musique devrait être un lien essentiel entre le supporter et le club. Elle devrait permette de décupler l’émotion, et guider les spectateurs dans les stades. Mieux, elle pourrait également être exploitée en ligne, lors des prises de parole digitale des clubs.

Pour autant, à chaque rencontre de football est diffusé le dernier tube à la mode, ou alors un sempiternel hit qui a déjà trop vieilli.

La musique pour créer la préférence

Gare à ne pas tirer un bilan trop négatif. Quelques acteurs importants du sport français ont procédé à de belles initiatives. C’est le cas de la Fédération Française de Tennis pour le tournoi Roland Garros, ASO pour le Tour de France ou encore la Ligue Nationale de Rugby. Tous ont compris l’interêt de penser leur musique comme un outil émotionnel. Mais face à des acteurs comme la NBA, la NHL ou encore la Ligue Nationale de Baseball Japonais, le travail est long.

Si l’on y regarde de plus près, on constate qu’en France, la musique n’est pas l’objet d’un usage consciencieux, et elle sert uniquement comme un support : elle est utilisée au cas par cas pour les besoins médias. Dans le stade, la musique diffusée est la même que celle au supermarché ou à la TV. A cet égard, nous constatons un écueil régulier des acteurs sportifs : la multiplication des morceaux à chaque prise de paroles. Conséquence, l’identité est diluée et sa spécificité gommée.

Satisfaire les fans

Un blocage évident semble s’immiscer à chaque initiative de refonte sonore. Comment faire accepter un nouvel univers sonore aux fans ? La Ligue Nationale de Rugby a ainsi subi les huées des supporters avec sa nouvelle hymne pour le Top 14 et la Pro D2.

Cette expérience indique la difficulté de la création d’un univers musical. Il ne se réalise pas seul, et un accompagnement dédié et expérimenté est nécessaire, en impliquant chaque parties prenantes et ambassadeurs.

C’est pourquoi il est primordial de prendre en compte les facteurs différenciant de chaque sport, fédération ou stade. Les publics sont différents, et nécessitent une approche variable. Si quelques exemples ont été un succès (pensons à l’hymne mythique de la Champion’s League), cela ne doit pas occulter le travail d’analyse de la culture du sport, de ses codes mais aussi des cibles afin de répondre avec pertinence et respect aux attentes des fans.

Tribune signée Laurent Cochini, Managing Director
Publiée dans l’ADN.

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